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Les passagers de l'Arche

Provoost a montré dans La Rose et le Pourceau ce qu'elle pouvait faire de thèmes classiques. Dans Les Passagers de l'Arche elle entraîne le lecteur dans un récit dont le dénouement est inéluctable. L'épisode du déluge est raconté presque comme dans un film par un jeune narrateur extérieur à l'histoire. L'écrivaine n'élude pas les questions fondamentales: qui est ce dieu qui noie ses propres créatures? Comment peut-on choisir aussi arbitrairement la seule famille du seul peuple qui sera sauvé du déluge?

"Quant à moi, je vais provoquer une grande inondation, pour anéantir tout ce qui vit. Tout ce qui se trouve sur la terre expirera. Mais je prends l'engagement de t'épargner. Tu vas entrer dans l'arche, avec ta femme, tes fils et tes belles-filles." (Gen. 6, 17-18). Cham, le plus jeune fils de Noé, ne croit pas au plan de survie du dieu de son père. "Il sait bien compter, mais il ne sait pas calculer." Il y a trop peu de gens sur l'arche pour tenir les animaux en bride dans le nouveau monde. "Que va-t-il se passer s'ils cueillent chaque fruit que nous cultivons, s'ils broutent chaque épis de blé avant qu'il ne soit sec? Si les hommes font paître leur troupeau, qui va alors labourer la terre, qui va installer la clôture et qui va explorer de nouvelles terres?" Il faut emmener plus de femmes et d'enfants. Cham fait ce qui a été interdit par son père: il construit une niche secrète au fond de la cale. Lorsque le ciel se déchire, il emmène Re Jana à bord, la fille du marais qui, où qu'elle soit, peut trouver de l'eau claire. Lorsque toute vie sur terre est engloutie, elle est un témoin silencieux de la traversée: comment les passagers de l'arche suffoquent lentement mais sûrement dans l'atmosphère confinée du vaisseau.

Un roman sur la problématique de la culpabilité: "Si tu appartiens au groupe des élus de par ta droiture, comment se fait-il que tu ne cèdes pas ta place sur l'arche à un autre, à un paralytique ou un enfant?"

Mais c'est aussi un roman sur les règles de la disette. La première étant qu'on ne s'aide pas l'un l'autre. "On ne peut pas survivre pour quelqu'un d'autre. L'aide affaiblit. La faim tenaille dans l'extrême solitude."